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EXPOSITION DE PEINTURE                             Vibrations suspendues Tania Schifano                                      Bâtiment Jean Monnet

 

La grande nudite                              Lussemburgo, 7 Luglio 1999

 

Le bleu se répand sur la toile dans l’absence du blanc, qui réclame sa condition de couleur à part entière. Mais l’artiste ne l’aime pas. Elle compose sur une partition boiteuse, éclatée en mille morceaux. Le regard qui passe, connaisseur ou dilettante, flatteur ou corrompu, menteur ou misogyne, doit recomposer la trame sans savoir s’il a apprehendé l’histoire qui se cache derrière la symphonie inachevée de l’artiste coincise.

 

Des romans conçus avec quatre voyelles de l’alphabet, s’obstinent à sacrifier la plus importante parmi les cinq, pour faire preuve de beauté sans rétrécir la longueur de l’aventure ni le malheur des personnages, ni la souffrance du lecteur, assoiffé de la voyelle égarée parce qu’il cherche l’imperfection de l’auteur.

Il souffre le bonheur de celui qui a battu les conventionalismes : une belle jalousie, après tout.

 

Le blanc est une ombre : la voyelle que l’artiste reprime dans sa palette, pour exhiber la concision cromatique sans épargner la moindre illusion au passant qui, tout en détestant l’effort de comprende, renversera son vécu pour dérober à la fois l’ignorance et la lecture impitoyable des être insouciants. Tout s’arrête là, à la surface, où l’énigme est toujours impénétrable, la mise en valeur de l’objet est à peine effleurée, comme la première phrase d’un roman : elle peut donner le ton, même l’hommage de la mémoire populaire qui le répète sans cesse, comme une prière.

 

Mais l’artiste est loin de relire sa première phrase. Pour elle le grand noeud de l’exposition consiste, j’aimerais imaginer, à rendre lisible sa nudité intérieure, en laissant racheter au visiteur les éclaboussures de la pensée, ébahie sur la toile. Et maintenant, tandis que je mélange les couleurs de l’exposition avec la même frivolité qu’un souvenir accommodé à la mesure des oscillations de l’âme ( ou de l’humeur si ce n’est pas la même chose ), je dois dire que la grand noeud a exercé à Luxembourg de première phrase. Et je me demande si c’était le meilleur choix.

 

Le noeud initial et formidable qui laisse couler une histoire étouffante au début (tableau numéro un ), ou le noeud plaqué en intermédiaire des louanges, comme une carte de visite exquise et parfumée.

 

Ce n’est pas facile de commencer par un noeud. Je l’ai pris soudain avec une certaine malveillance, comme si j’avais envie de contrecarrer la fascination pour les mots de l’artiste (une espèce d’aveuglement indertit), et voici que j’ai cherché le blanc, dans la pénombre, por échapper à mon étouffement, respirer et rien d’autre. Il fallait s’éloigner des palabres d’Aldo Innocenzi et s’approcher des mots sensés de Tania, à des annés lumière, en peu de temps mais vite. Et ainsi, déjà libéré du noeud oppresseur, laisser l’exposition s’envoler sous le charme d’une voyeuse inattendue. Pour mon plaisir.

 

J.Navarro

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